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Mohamed Hakim SOUFI , CEO de Macir Vie à « l’Actualité-Eco » : « Les compagnies d’assurances algériennes ont fait preuve d’une incroyable résilience »

La crise économique, exacerbée par la pandémie COVID-19, a fortement impacté le secteur des assurances en Algérie. Toutefois, les compagnies exerçant dans le créneau semblent avoir pu traverser cette zone de turbulences avec brio. Mohamed Hakim SOUFI , CEO de Macir Vie, qui est membre du F.A.I.R et de l’Organisation Africaine des assurances explique à « l’Actualité-Eco » cette performance..     

Quelle  appréciation faites-vous sur la situation du secteur des Assurances aujourd’hui ?

Mon appréciation est simple sur ce sujet : les économies du monde entier et tous les secteurs d’activité partout sur la planète ont connu un ralentissement majeur, exceptionnel et inédit.

Ainsi le secteur des assurances n’a évidemment pas été à l’abri de cet impact, et les compagnies algériennes ont accusé le coup sans fléchir.

La preuve : Y a-t-il eu des renvois massifs ? Non. Y a-t-il eu des salaires versés en retard ? Non. Y a-t-il eu des créances des compagnies non réglées ? Non. Y a-t-il eu des retards dans les paiements des engagements fiscaux et parafiscaux ? Non. Donc, les compagnies d’assurances algériennes ont fait preuve d’une incroyable résilience et je rends hommage non seulement aux présidents de compagnies qui ont tenu la barre durant cette furieuse tempête, mais aussi à tous les collaborateurs et agents généraux qui ont fait montre d’un courage hors du commun.

Du point de vue fiscal, quel est l’impact sur le secteur en termes d’entraves ?

Nous ne pouvons pas parler d’entraves vue que les compagnies d’assurances paient leurs impôts et taxes le plus normalement du monde respectant ainsi leurs devoirs et garantissant ainsi leurs droits.

 Néanmoins, au niveau des compagnies d’assurances de personnes, le dispositif fiscal fait que les produits d’assurance-vie sont défiscalisés, ce qui est un atout majeur pour promouvoir l’activité en elle-même. Or, les compagnies ne sont pas en mesure de déduire la TVA sur leurs achats ce qui les pénalisent en termes de résultats en fin d’exercice. Ce point est porté, à bout de bras, par notre union, « l’Union Algérienne des compagnies d’Assurance et de Réassurance » (UAR), qui présente et se charge de trouver, avec le ministère des Finances, la meilleure approche à donner à cette problématique. Ainsi, je suis convaincu, qu’à l’issue des différents arbitrages, que la solution qui sera adoptée préservera les intérêts des clients et des compagnies.

Aujourd’hui, qu’en est t-il  du chiffre d’affaires de Macir Vie un peu plus d’un an après le déclenchement de la pandémie COVID-19 ?

Comme cité précédemment, notre compagnie, à l’instar des autres compagnies d’assurance-vie, a subi de plein fouet la crise de la COVID. En effet, la fermeture des frontières et le confinement ont eu des répercussions sur les garanties assurance voyage qui a vu sa proportion au sein du portefeuille se réduire comme peau de chagrin atteignant un chiffre quasi nul durant la pandémie. Par conséquent, les résultats ont enregistrés une baisse exceptionnelle. Mais cette dernière a été compensée par la garantie assurance groupe qui, elle, a connu une remontée spectaculaire grâce, notamment, à la confiance de nos clients due à notre politique de remboursement contractualisé combiné aux efforts de notre direction commerciale et à toute la composante humaine de Macir Vie qui, soudée, a non seulement tenu le coup, mais s’est battue chaque mois, chaque jour, chaque heure et chaque minute.  Je suis fier de chacune d’entre elle et de chacun d’entre eux, et je suis honoré de travailler avec eux.

A un moment donné, Macir Vie a fait de l’assurance voyage son credo et on peut dire que ça lui a réussi. Que privilège-t-on à présent ?  

L’assurance voyage a porté notre croissance, mais comme dans toute chose, il est important de diversifier son portefeuille. Une action que nous avons entreprise bien avant la pandémie. Pour ce faire, nous avions mis en place une stratégie de vente agressive, non pas en termes de prix, mais en termes de garanties et de process innovants sur le volet assurance groupe qui fonctionne admirablement bien, puisque notre objectif est la satisfaction du client dans toute sa dimension humaine et financière, et ce, en s’appuyant sur des canaux de communication digitaux que cela soit en termes de souscription, de sinistres, mais surtout de communication avec nos clients en B to B. Désormais, nous déployons d’autres process pour le volet B to C qui, à notre humble avis, représente l’avenir du secteur. Nous voulons devenir un acteur majeur de l’assurance santé dans notre secteur.

Le gouvernement a mis en place, il n’ya pas si longtemps, une nouvelle police d’assurance baptisée « Takaful » et encourage l’assurance des personnes, les assurances agricoles et les assurances catastrophes naturelles. Qu’en pensez-vous ?

Plus il y aura de nouvelles formes d’approches, plus cela générera de la concurrence et, par conséquent, de l’émulation. Cela répond aux attentes d’une partie des prospects qui attendent ce type de couvertures. Je n’en pense donc que du bien et nous sommes d’ailleurs en train de réfléchir à des offres de cette nature. Par ailleurs, les assurances de personnes sont l’avenir pour collecter de l’épargne, les assurances agricoles sont nécessaires pour couvrir un pan entier et important de l’économie de notre pays et les assurances « catastrophes naturelles » sont vitales et doivent prendre beaucoup plus de place dans une époque où la lutte contre le réchauffement climatique est un enjeu majeur pour toute l’humanité.

Le  taux  de  pénétration des  assurances est d’à peine 1%. Comment pourrait-on procéder pour améliorer la situation  et faire jouer à ce secteur le rôle qui lui revient, à savoir un financement substantiel de l’économie ?

Plusieurs facteurs pourraient encourager une augmentation du taux de pénétration des assurances. Parmi les plus importants ce serait de ne plus limiter la vente des assurances aux trois canaux traditionnels, à savoir les agences, les courtiers et les banques, mais de l’ouvrir à d’autres  intervenants  sur des bases conventionnelles et après information préalable des autorités de tutelle.

 Par ailleurs, l’utilisation tous azimuts des outils digitaux comme le e-paiement, l’interopérabilité des plateformes de paiement CIB et la poste, la signature électronique, le QR code, le portefeuille numérique, la blockchain, l’intelligence artificielle, la Fin Tech et tant d’autres proccess que nous pouvons utiliser directement sur  téléphone mobile. De ce fait, ces outils ainsi déployés, couplés à une stratégie de communication massive et des « incentives » comme du cash back sur les cartes de paiement et des taux d’imposition plus faibles que sur les paiements en « cash », permettraient certainement d’avoir plus d’impact et d’envergure sur la vente de nos produits mais aussi et surtout de toucher beaucoup plus de personnes en Algérie.

Les banques aussi ont un rôle majeur à jouer sur ce sujet en prenant le lead sur la conception financière des produits d’assurance. Autrement dit, pourquoi payer une prime annuelle dès la souscription alors que je peux payer en 12 fois sur l’année ? Cela permettrait aux clients de ne pas utiliser une grosse partie de leurs liquidités, aux assureurs de recevoir leurs primes sans enregistrer de créances et surtout aux banques de développer de nouveaux produits de crédits. Mais pour cela, il faut institutionnaliser la domiciliation de salaires et d’autres outils de protection juridique des banques et des compagnies d’assurances.

Pensez-vous que l’absence d’une régulation influe négativement sur le secteur à plus forte raison que la « guéguerre tarifaire » entre compagnies, notamment sur l’assurance automobile, est toujours de mise ?

Vous abordez là deux sujets différents. D’une part, la régulation n’est pas absente et n’influe pas négativement puisqu’elle joue parfaitement son rôle, ce n’est pas à la régulation de gérer la politique de vente des compagnies mais aux compagnies de se rendre compte de l’impact terrible de la réduction tarifaire sur leurs résultats et d’en tirer les leçons, il y va de la survie des compagnies dommage. D’autre part, le sujet de la « guerre tarifaire », notamment sur l’assurance automobile, est d’actualité et, je le répète, il y va de la responsabilité des compagnies d’assurances de veiller aux principes des grands équilibres. Enfin, à un moment ou un autre, la réduction sur les tarifs auto ne sera plus de mise parce que ce sera intenable à mon sens. Mais je laisse ce sujet aux professionnels des compagnies qui, dommage, savent ce qu’ils font dans ce domaine. Je peux vous garantir qu’ils sont conscients que ce sujet est d’une importance stratégique majeure.

Propos recueillis par Linda Chergui

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