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GEOPOLITIQUE DES MINERAIS STRATEGIQUES (2e Partie) : Dépendance aux terres rares

Les initiatives multilatérales et bilatérales visant à sécuriser l’approvisionnement, telles que le partenariat pour la sécurité des minéraux piloté par les États-Unis ou la Loi sur les matières premières critiques de la Commission Européenne, auront un impact sur les opérations de l’industrie, remodèleront les chaînes d’approvisionnement et créeront de nouvelles opportunités et défis commerciaux.

Par Dr. Arslan Chikhaoui *

Dans cette nouvelle dynamique, l’UE tente de riposter. En effet, en décembre 2022, Ursula von der Leyen a dévoilé le projet « Global Gateway », qui doit mobiliser 300 milliards d’Euros de financements publics et privés dans les pays émergents pour développer des infrastructures. La stratégie consiste surtout à faciliter l’exploitation de grandes réserves de terres rares très peu exploitées détenues par plusieurs pays comme l’Algérie, le Burundi, le Gabon, la Tanzanie et d’autres. L’Europe tente d’échapper à sa dépendance de la Chine sur ces minerais de terres rares et d’accéder à des ressources minières indispensables à la transition énergétique comme le cobalt, le cuivre, le lithium, le strontium, etc.

La Chine suit une démarche bien établie d’accès aux ressources en échange de la construction d’infrastructures. Elle souhaite avant tout acquérir la matière brute et non transformée. L’enjeu pour la Mediterafrique est de développer une économie de la transformation des minerais ce qui en ferait un facteur de croissance inclusive.

Il est indéniable que les chaînes d’approvisionnement des métaux industriels, en général, ont été optimisées pour répondre à la demande de manière compétitive, dans les délais et dans le respect des spécifications. La collaboration autour de la transition climatique, les questions de restrictions commerciales et les tensions géopolitiques n’étaient ni des obstacles majeurs ni des moteurs clés. De nouvelles dynamiques mondiales ont accéléré la transition énergétique et placé, pour la première fois, l’industrie métallurgique et minière sous les projecteurs géopolitiques, lui accordant une attention très particulière qui était généralement accordée au secteur pétrolier et gazier. C’est notamment le cas pour l’extraction et le traitement des métaux nécessaires à la production et à la transmission des technologies énergétiques propres, comme le cuivre, l’aluminium, le zinc, le cobalt, le lithium le nickel, le strontium, etc. La demande de métaux clés est à la hausse, par exemple, selon la Commission Européenne, de la demande de lithium de l’UE devrait être multipliée par douze d’ici 2030 et par vingt et un d’ici 2050. Tout cela se produit dans un contexte d’offre limitée (les nouvelles mines nécessitent environ une décennie pour être développées) et avec des installations de transformation concentrées en général en Asie et en particulier en Chine.

Les initiatives multilatérales et bilatérales visant à sécuriser l’approvisionnement, telles que le partenariat pour la sécurité des minéraux piloté par les États-Unis ou la Loi sur les matières premières critiques de la Commission Européenne, auront un impact sur les opérations de l’industrie, remodèleront les chaînes d’approvisionnement et créeront de nouvelles opportunités et défis commerciaux. Le leadership de l’industrie va devoir développer les compétences nécessaires pour surfer à travers les lignes de faille géopolitiques et opérer dans un terrain de jeu instable avec une exposition accrue aux perturbations potentielles dues à l’instabilité politique, au souverainisme des ressources et aux différends commerciaux.

Présentement, l’exploitation des ressources minières du continent Africain est faite par d’autres et produit de la richesse qui ne reste pas sur le continent. L’enrichissement des populations locales est un problème majeur de gouvernance. Par exemple la RDC, le Mozambique, le Tchad, le Mali, et le Niger qui regorgent de ressources naturelles minières sont en incapacité de délivrer à leurs populations un minimum de services sociaux de base. Exploitation par des pays tiers des ressources minières, gouvernance locale défaillante et conflits d’intensité variable qui minent le continent africain sont les facteurs de tension et de guerre des terres rares.

EN CONCLUSION

Dans ces jeux d’influence, celui qui favorisera la création de la valeur ajoutée, en imposant un pourcentage de traitement des minerais bruts et de transformation dans le pays d’origine et en améliorant la formation et le transfert de compétences sera accueilli favorablement à bras ouverts. Il est clair, que plus de deux générations depuis des indépendances, il ne pourrait être indéfiniment question pour le Sud de vendre ses matières premières en échange de biens manufacturés, s’accordent à dire ses élites gouvernantes.

Incontestablement la transition énergétique dans le monde industrialisé est confrontée à une transition générationnelle et de gouvernance des pays détenteurs des ressources minières clés. Toute la dynamique et l’enjeu de la géopolitique des terres rares se jouent à ce niveau. Le Président Rwandais Paul Kagame avait déclaré en 2019 : « L’Afrique n’est le prix à gagner ou à perdre pour personne. Il est de notre responsabilité, en tant qu’Africains, de prendre en charge nos propres intérêts et de développer notre continent à son plein potentiel. » Cette posture est largement partagée par les élites gouvernantes des pays du continent Africain.

Le démarrage de nouveaux projets est actuellement entravé par les lois du marché, qui présentent des défis tels que des coûts élevés, la nécessité d’investissements importants et des considérations d’acceptabilité politique, environnementale et sociale. Le facteur décisif derrière la prédominance de la Chine dans la production et le raffinage à l’échelle mondiale, plus encore que la disponibilité immédiate des gisements nationaux de minerais de terres rares, a été la volonté politique claire et décisive du pays de développer le secteur par le biais de politique industrielle et des subventions de l’État. Bien que l’émergence de sources alternatives en dehors de la Chine puisse être découragée par les conditions du marché, les développements pourraient bien être tirés par la politisation croissante des terres rares, un facteur qui renforce rapidement leur importance stratégique et incite les importateurs à accroître leur soutien aux nouveaux projets d’extraction.

Les matières premières critiques sont un vecteur géopolitique majeur des transitions numérique et verte. Les pays qui développent l’industrie alternative « minéralivore » dans leurs efforts pour diversifier leurs relations, vont devoir adopter une approche coopérative à plusieurs niveaux. Compte tenu du fait que la politique et la géopolitique devienne de plus en plus les « drivers » de l’économie, la question demeure ouverte quant au façonnage de cette approche : Sera-t-elle une approche de coopération partagée ou de confrontation ?

……..

Dr. Arslan Chikhaoui est expert en Géopolitique et membre, du Conseil Consultatif d’Experts du World Economic Forum et est partie prenante dans divers Task Forces ‘Track 2’ du système des Nations Unies (UNCSR 1540).

 

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